Agenda / Programme

Sang des martyrs, semence de Chrétiens

extrait du martyrologe 26, 27 et 28 août

 

26 Août

A Dardona, en Espagne, le trépas de saint Raymond Nonnat, cardinal et confesseur, de l’ordre de Sainte-Marie de la Merci pour le rachat des captifs, célèbre par la sainteté de sa vie et par ses miracles. Sa fête a lieu la veille des calendes de septembre (31 août).

A Rome, les saints martyrs Irénée et Abonde. Pendant la persécution de Valérien, pour avoir retiré le corps de la bienheureuse Concorde d’un cloaque où on l’avait jeté, ils y furent eux-mêmes précipités. Le prêtre Justin en retira leurs corps pour les ensevelir dans une crypte, près de celui du bienheureux Laurent.

Au pays des Marses, saint Simplice, avec ses enfants Constance et Victorien. Sous l’empereur Aurélien, ils souffrirent d’abord de rigoureuses tortures, puis, frappés d’un coup de hache, ils obtinrent la couronne du martyre.

A Nicomédie, la passion de saint Adrien, fils de l’empereur Probus. Pour avoir reproché à Licinius la persécution déchaînée contreles chrétiens, il fut tué par ordre de cet empereur. Son oncle Domice, évêque de Byzance, fit inhumer son corps dans le faubourg de la ville appelé Argyropolis.

En Espagne, saint Victor martyr, massacré par les Maures pour la foi du Christ, et ainsi honoré de la couronne du martyre.

Et ailleurs, on célèbre la mémoire de beaucoup d’autres saints martyrs, confesseurs et saintes vierges. Rendons grâces à Dieu.

27 Août

A Potenza, en Lucanie, la passion des saints Aronce, Honorat, Fortunat et Sabinien, fils des saints Boniface et Thècle ; ils furent condamnés à la peine capitale par le juge Valérien, sous l’empereur Maximien. Leur fête et celle de leurs huit autres frères martyrs se célèbre aux calendes de septembre (1er septembre)

A Capoue, l’anniversaire de saint Ruf, évêque et martyr. De famille patricienne, il fut baptisé avec toute sa famille par le bienheureux Apollinaire, disciple de saint Pierre.

A Tomi, dans le Pont, les saints martyrs Marcellin tribun, Mannée son épouse, et leurs enfants Jean, Sérapion et Pierre.

A Lentini en Sicile, sainte Euthalie vierge. Parce qu’elle était chrétienne, elle fut égorgée par son frère Sermilien et s’en alla vers le céleste Epoux.

A Arles, en France, saint Césaire évêque, homme d’une sainteté et d’une piété admirables.

A Autun, saint Syagre, évêque et confesseur.

Près de San-Severino, dans les Marches, sainte Marguerite, veuve.

Et ailleurs, on célèbre la mémoire de beaucoup d’autres saints martyrs, confesseurs et saintes vierges. Rendons grâces à Dieu.

28 Août

A Hippone Royale, en Afrique, l’anniversaire de saint Augustin évêque, confesseur, et docteur très éminent de l’Eglise. Converti à la foi catholique et baptisé par le bienheureux évêque Ambroise, il la défendit vigoureusement contre les manichéens et les autres hérétiques ; puis, après s’être livré à beaucoup d’autres travaux pour l’Eglise de Dieu, il alla au ciel recevoir sa récompense. Ses restes furent d’abord portés d’Hippone en Sardaigne par crainte des barbares ; dans la suite, le roi des Lombards Luitprand, les fit transférer à Pavie, où elles furent inhumées avec honneur.

A Venosa, dans la Pouille, la passion des saints Septimin, Janvier et Félix, fils des saints Boniface et Thècle : ils furent décapités par ordre du juge Valérien sous l’empereur Maximien. Leur fête, avec celle de leurs neuf autres frères martyrs, se célèbre aux calendes de septembre (1er septembre).

Le même jour, saint Moïse l’Ethiopien ; de voleur notoire il devint fervent anachorète, et convertit nombre de voleurs, qu’il emmena avec lui au monastère.

À Barcelone en Catalogne, en 1854, sainte Joachuima de  Vedruna. Mère de famille, elle éleva chrétiennement neuf enfants et, devenue veuve, fonda la Congrégation des Carmélites de la Charité. Elle supporta d’un cœur égal toute sorte de difficultés, jusqu’à la prison et l’exil, et mourut du choléra.

En Espagne également, dans la région de Valence, en 1936, les bienheureux martyrs Jean-Baptiste Faubel Cano et Arthur Ros Montalt, pères de famille et, près de Vinalès, Aurèle (Joseph Ample Alcaide), prêtre capucin, victimes de la persécution déchaînée contre l’Église au cours de la guerre civile.

Et ailleurs, on célèbre la mémoire de beaucoup d’autres saints martyrs, confesseurs et saintes vierges. Rendons grâces à Dieu.

  Poterie, cours de tournage tout au long de l’année : Michel et Claire BLANC MATHEVON, Atelier du Grand Bois, 71800 ST CHRISTOPHE EN BRIONNAIS, Tél : 03 85 25 92 16, www.poterie-atelierdugrandbois.fr

Cours de cuisine donnés à l’Auberge de Briant, (une fourchette au guide Michelin). tel : 03 85 25 98 69

Stéphanie Bignon (06 50 95 13 80)

Elisabeth de Malleray (06 52 45 21 00)

            

Catholique des racines à la cime

    Chapiteau_Autun_145

 A subir depuis trop longtemps leurs beaux discours sur les racines de la France, on viendrait à se demander si les essayistes, « communicants », et autres ambitieux qui aspirent à nous gouverner ont une quelconque connaissance de la nature dans toute sa réalité concrète.

On pourrait en douter lorsqu’ils nous peignent doctement un arbre aux racines d’essences différentes : la France aurait ainsi des racines chrétiennes (et même judéo-chrétiennes), celtiques, grecques, romaines, scandinaves voire arabo-musulmanes. On ne s’étonnera pas que cet étrange végétal paraisse comme cultivé en laboratoire, baignant sans doute dans une solution nutritive artificielle. Comment expliquer autrement que l’on puisse si bien détailler ses racines tout en se désintéressant de la terre qui l’aurait accueilli ? Bref, la France enracinée que l’on nous propose ne semble qu’une monstrueuse abstraction, modulable à l’envi. L’intérêt de ce « machin » ne serait-il pas de légitimer en France différentes « spiritualités » dont on pourrait éventuellement discuter de la prééminence de l’une sur les autres, pourvu que le débat restât confiné à l’héritage historique, à la dimension « culturelle et non cultuelle », c’est-à-dire sans grandes conséquences politiques concrètes ? Car quelles que soient la nature et la vigueur des racines, celles-ci ne sauraient contrarier, si elles n’y contribuent pas, l’élévation de la France « républicaine » avec la « laïcité » pour religion, la maçonnerie pour clergé et l’avortement de masse pour immolation quotidienne.

Dieu préserve notre terre de France de ce genre d’organismes génétiquement modifiés ! Car la France est plus qu’un arbre, c’est un écosystème : un arbre catholique des racines à la cime, planté dans un humus complexe, et s’épanouissant dans une lumière et sous un climat proprement providentiels.

Parler de racines catholiques, et non judéo-chrétiennes, de la France c’est distinguer la foi apostolique de celle-ci de doctrines postérieures qui lui sont par essence opposées : le judaïsme rabbinique et le protestantisme. Ce dernier est d’ailleurs si tardif qu’il ne peut être une « racine » mais une branche séparée de son tronc multiséculaire et condamnée dès lors au dessèchement.

Si l’héritage judaïque du catholicisme est indéniable, on ne peut non plus contester que cette religion venue d’Orient a su trouver en Occident une terre particulièrement propice à son développement. Les nostalgiques de l’Antiquité païenne pourraient regretter que cette semence « étrangère » soit tombée dans leur jardin mais force est de constater que, malgré tous ses efforts, le paganisme européen n’a pu empêcher que l’arbre prenne de l’ampleur. Les échanges entre la plante et son milieu sont désormais établis depuis trop longtemps pour être remis en cause.

L’arbre est le lien entre la terre et le ciel. Il synthétise la lumière et purifie l’air, favorise les pluies qui irriguent la terre et protège celle-ci de l’érosion. S’il tire de la terre les éléments qui lui sont nécessaires, il ne l’épuise pas car il produit l’essentiel de sa matière de la lumière et de l’air : il rend palpable l’impalpable. Il en enrichit même l’humus par les fruits et les feuilles qu’il répand, par la profusion de vie que suscite sa présence. Ainsi, comme une merveilleuse « agroforesterie spirituelle », culturelle parce que cultuelle, le catholicisme a-t-il tiré de l’humus païen ce qu’il avait de meilleur, s’y enracinant si profondément qu’il en a révélé des richesses qui sans lui seraient restées insoupçonnées, inaccessibles, infécondes. Il suffit de voir pour s’en convaincre comment le catholicisme sut puiser dans la littérature et la métaphysique antiques pour nourrir sa liturgie et sa théologie ; comment à l’inverse les mystères de la sainte Trinité, de l’Incarnation, de la Transsubstantiation élevèrent la philosophie antique bien au-delà de ses cloisonnements propres. Prôner le retour au paganisme européen suppose nier cette harmonie millénaire et comme on ne peut ramener le chêne à l’état de gland, il faudrait l’arracher, ce qui tuerait l’arbre et exposerait une terre, qui en fait n’est plus aussi païenne qu’autrefois, à être lessivée par les intempéries et desséchée par l’ardeur du soleil jusqu’à la stérilité définitive.

L’on m’objectera que cette religion n’est pas de « chez nous », que le dieu chrétien est le dieu des Hébreux, pas celui des Européens, celtes, grecs ou romains ; mais ce n’est pas comprendre ce qui distingue fondamentalement le catholicisme, religion incarnée, de ces formes de néo-paganisme, religion « identitaire ». C’est ne pas distinguer ce que j’appellerais « la religion de la filiation (divine) », « la religion du Sang » qu’est le catholicisme, de ces multiples « religions du  sol », se reconnaissant mutuellement dans un parfait relativisme, pourvu que chacune restât sur son territoire supposé historique. Reconnaître des dieux propres à chaque territoire, c’est penser que ce sont les peuples qui se créent leurs dieux alors que la Bible nous révèle au contraire que c’est Dieu qui se constitue son peuple, un peuple tiré de la descendance d’Abraham et de toutes les nations (Apocalypse, VII, 4-9 : Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau [de Dieu] : cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau…Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue…).

En effet, Dieu n’est pas plus hébreu, qu’européen ou chinois. Il est le Tout Autre. Il échappe totalement à ce monde parce qu’Il en est le Créateur. Il est hors de la Création mais Il s’est révélé à nouveau à elle, après la Chute, par le peuple hébreu. Accomplissement définitif du judaïsme, le christianisme a ensuite propagé la Révélation dans le monde entier, pénétrant chaque culture locale pour la purifier, l’élever, la sanctifier et étendre ainsi la multitude des enfants de Dieu, tout en respectant l’identité naturelle de chacun. C’est ainsi que ce Dieu qui adopta les traits d’un Juif de Palestine voici 2000 ans, assume depuis diverses représentations à travers le monde selon les spécificités locales compatibles avec la foi : Il est juif avec les Juifs, grec avec les Grecs, chinois avec les Chinois, tout en demeurant le seul Seigneur de tous, le Père des adorateurs en esprit et en vérité (Jean, IV, 23).

Annoncez sa gloire parmi les nations, ses merveilles parmi les peuples.

Car le Seigneur est grand et infiniment louable ; il est plus redoutable que tous les dieux.

Car tous les dieux des nations sont des démons ; mais le Seigneur a fait les cieux.

(Psaume XCV, 3-5)

L’abbé

unnamed

Conférence du 2 juillet à Briant

Terre et Famille

en Brionnais

cropped-Logo-officiel-IMG_3336-1.jpg Samedi 2 juillet 2016 à Briant ( Saône et Loire)

19h00

Visite de « L’Escargot Brionnais »

Lieu-dit Vaux, 71110 Briant

Ferme hélicicole (élevage d’escargots) proposant des escargots cuisinés en vente directe mais également la visite détaillée de l’élevage d’escargots.

20h30

Conférence en salle communale

«l’ Euthanasie  stade ultime du capitalisme »

par Jean Claude Martinez

Le mal de celui qui veut mourir vient de plus loin que la maladie qu’ il affronte.

Jean-Claude Martinez, professeur agrégé de droit et de sciences politiques à l’université de Paris II, ancien député européen et national, est le fondateur du REV, le Rassemblement Européen pour la Vie. Vingt ans député au Parlement européen, il a une vision globale des problèmes politiques du monde.

Après la conférence, Terre et Famille vous invite à prolonger la discussion autour d’un buffet…

Stéphanie Bignon : 06 50 95 13 80 Elisabeth de Malleray : 06 52 45 21 00

terreetfamille@gmail.com

terre-et-famille.fr

Pas d’effusion de sang sans assurance de pardon

Chapiteau_Autun_145

Cf. chronique précédente « Pas de pardon sans effusion de sang » (http://terre-et-famille.fr/pas-de-pardon-sans-effusion-de-sang/)

La prise de conscience de notre péché pourrait bien sûr nous mener au désespoir, comme nous y incite si souvent l’Ennemi. Mais ce serait oublier que, par son principe pris a contrario, l’effusion de sang est la garantie de notre pardon puisque c’est par elle que se renoue l’Alliance, pourvu que nous nous assimilions à la victime expiatoire. Soyons-en bien convaincus : en toute justice, « la terre ne peut être autrement purifiée que par l’effusion de celui qui aura versé le sang innocent » (Nombres, XXV, 33b). Les personnes qui se repentent d’avoir eu recours à l’avortement ressentent souvent le poids de cette culpabilité sans trouver d’apaisement dans le discours édulcoré sur la Miséricorde qu’on leur sert trop souvent. Rongées par leur conscience, elles souhaiteraient subir la justice divine jusqu’à l’anéantissement si cela pouvait rétablir l’harmonie de la Création à laquelle leur péché a porté atteinte. Si nous pouvions tous ressentir une componction comparable pour tout péché grave qui, à lui seul, nous expose à la mort éternelle !

S’Il ne nous avait pas considérés comme des êtres libres et raisonnables, c’est-à-dire responsables de leurs actes, Dieu ne se serait pas formalisé de la rébellion de nos premiers parents, de celles d’Israël comme des nôtres. Comme un père éduque ses enfants, quitte à se faire violence en usant d’autorité, Il a souhaité au contraire nous faire connaître les conséquences du péché pour que l’horreur de celui-ci s’imprime profondément en nous. Mais Dieu qui ne cherche que la conversion du pécheur ne le châtie jamais autant qu’il le mériterait (« C’est Lui qui nous a châtiés à cause de nos iniquités ; et c’est Lui qui nous sauvera à cause de sa miséricorde », Tobie XIII, 5). Dieu s’expose même à la mort à notre place et nous fait bénéficier des fruits de la Satisfaction. Incorporés au Christ par la foi et les sacrements, nous que nos péchés condamnent, nous mourrons avec le Christ : à chaque messe à laquelle nous nous associons, Son corps est notre corps, Son sang notre sang, Son sacrifice notre sacrifice. Face à la tentation du désespoir, la Sainte Messe nous assure que « celui qui est mort est justifié du péché » (Romains, VI, 7).

Une seule goutte du Très Précieux Sang du Christ aurait suffi à racheter l’humanité toute entière mais Dieu ne sait donner qu’à profusion : Il n’aspire qu’à se donner Lui-même. Ainsi, au-delà de l’horreur du péché, l’effusion de sang nous enseigne-t-elle l’amour absolu du Fils pour son Père et pour ses frères que nous sommes. Car ce qui est sacrifice, ce n’est pas l’immolation, la souffrance, la mort, c’est l’offrande intérieure que le Christ fait de sa souffrance et de sa mort, le don de sa vie à Dieu pour qu’Il en fasse la vie du monde. La valeur de cette offrande, c’est l’amour par lequel Il communie entièrement à la Volonté du Père, à son Amour salvateur pour le monde. Un amour qui est don de soi jusqu’à la perte de soi-même, et qui est aussi totale confiance en Celui qu’on aime. Bien infiniment plus grand que tout le mal qui a submergé le monde (Père Marie-Joseph Nicolas, La Grâce d’être prêtre). Chaque messe nous offre dès lors l’occasion de nous laisser davantage assimiler à la Victime qui nous emporte dans cette offrande totale, d’amour, de réparation, de simplification, « cette glorification de Dieu par sa créature dans laquelle s’évanouiront peu à peu tout le mal et toute la souffrance du monde » (ibidem).

Quand on commence à servir Dieu véritablement, le moins qu’on puisse lui offrir, c’est le sacrifice de sa vie.

Sainte Thérèse d’Avila,  Le Chemin de perfection, Chapitre XIII

L’abbé

Médecin de campagne

medecin_de_campagne_cadre-3

 

Médecin de campagne. Sorti en mars 2016 (1h 42min). Film français de Thomas Lilti. Avec François Cluzet et Marianne Denicourt.

Cette comédie dramatique sort des programmations du printemps sur la pointe des pieds. Ce n’est peut-être pas un chef d’œuvre mais un film vrai avec des regards donnés, profonds, intenses comme le sont les mots entourant la vie et la mort. Avec des mains qui servent, soignent et se touchent.
Médecin de campagne donne à voir le rôle de celui qui panse les plaies du corps, écoute et conseille. Il connaît ses brebis, elles écoutent sa voix. Le vrai berger, le curé du village, est absent du film… comme c’est le cas dans beaucoup de campagnes. Mais le médecin généraliste est là. Pour combien de temps encore ? Il faut une âme quasi sacerdotale pour tenir.
François Cluzet conquiert le spectateur et en fait un compagnon dès les premières scènes. Il est seul puisque sa femme est partie avec les enfants. Toutes les générations défilent dans son cabinet, toutes les pathologies aussi, y compris celles de l’âme. Pour guérir, il faut comprendre. Pour comprendre, il faut aimer. Il aime les gens. Il va à leur rencontre, dans une tournée sans fin des fermes et des pavillons.
C’est ce quotidien qu’il va partager avec une jeune femme médecin venue le seconder… Il n’a pas souhaité sa présence et, un rien macho, doute de ses capacités à s’adapter à la médecine rurale. De sévères secousses seront nécessaires pour qu’il lâche un peu les rênes.
La promesse faite à un vieil homme en fin de vie de le laisser mourir chez lui conduit le médecin de famille à commettre un geste fou pour le sortir de l’hôpital ! Entouré d’une équipe de petites mains qui se succèdent à son chevet, il quitte la vie en homme libre, et non attaché sur un lit inconnu, relié à des fils et des tuyaux. De très belles images de ce vieillard mort, de la toilette mortuaire effectuée avec un infini respect, comme un hommage rendu à sa personne pleine de dignité. Ce sont des scènes rares au cinéma.
Quand la vie survient sans être entourée d’amour, l’avortement n’est pas loin. Les campagnes ne sont pas épargnées. Le film traite le sujet humainement à travers une jeune fille paumée prête à donner la vie, puis à la retirer sans grande conscience. L’écoute chaleureuse, la présence rassurante et ferme du médecin laissent percer l’intensité du drame et orientent vers le choix de la vie. Les mots et les regards sont justes.
Médecin de campagne marque durablement la mémoire parce qu’il évoque des situations vraies comme le ferait un reportage, servi par le talent d’excellents acteurs et un scenario pudique et juste. Restent beaucoup de visages et de situations cocasses, des personnes attachantes que l’on croit dur comme fer avoir rencontrées.

S’il n’est plus diffusé dans votre cinéma, ne manquez pas sa sortie en DVD.
Il mérite d’être vu, revu et partagé.

Valérie d’Aubigny

C’est la pauvreté qui sauvera le monde

Lutter contre la pauvreté ? Non. Aimons-la plutôt. Il ne faut pas lutter contre elle, il faut l’accueillir à bras ouverts et l’aimer.

Car ce n’est en rien la crise, l’avarice des puissants, les placements boursiers, les détournements de fonds, le réchauffement climatique, la politique de Merkel, d’Obama, de Hollande, s’il en est, ou de Poutine, qui provoquent la pauvreté de ce monde : Molière en est le parfait exemple. La pauvreté n’est pas une nouveauté, elle n’est pas une maladie, dont les hommes, les puissants, les papes pourraient soigner le monde par quelques encycliques ou commissions internationales. Nous ne guérirons pas le monde de la pauvreté, et il faut s’en réjouir, car c’est la pauvreté qui guérira le monde… si le monde veut bien la laisser faire, si Don Juan avait bien voulu laisser faire le Pauvre.

Ce qui est nouveau en effet dans la société française contemporaine, c’est le regard de mépris, le regard de Don Juan que nous portons sur le pauvre. Sans rien dire, ce dernier incarne l’infaillible échec de notre monde de négoce, qui recherche son salut dans le profit. Et cela nous est insupportable ! Mais il s’agit du monde voulu par 1789.  Aux yeux de Molière, le Pauvre incarne l’homme qui ne peut se contenter du bonheur des hommes, celui qui se trouve dans la plus grande nécessité du monde… C’est l’homme à la recherche de Dieu et qui pourtant pauvre, trouve le bonheur. Ce n’est donc pas le Pauvre qu’il faut guérir, c’est le monde où l’homme est roi, c’est le monde sans Dieu : c’est celui de Don Juan et le nôtre ! C’est bien à cet instant, à la scène 2 de l’acte III, qu’entre les mains d’un pauvre se joue le sort du monde libertaire qu’incarne le riche Don Juan.

Mais comment ? Eh bien le Pauvre n’est que don de lui-même. Pas de négociation, pas de promotion, pas de rupture de stock ni de baisse du cours, il donne tout à tout instant, même malgré lui. Il n’a rien d’autre à partager, ni plus ni moins que tout son être : quelle que soit la valeur même misérable de l’aumône, le Pauvre n’a qu’un prix : l’absolu. Sa part est donc inestimable car tout ce qui lui reste, sa vie et sa croix, ne sont que dons divins. Le pauvre est donc la figure du Christ, qui aime et meurt, sans rien attendre en retour : quel prix donner à un tel sacrifice, au sacrifice absolu ?

Apprenons donc plutôt à aimer la pauvreté toute proche, celle qui fait mal à l’âme, celle en somme que la Providence a voulu en partage de notre vie. C’est elle seule, à la différence de l’amour de l’humanité qu’invoque Don Juan, que nous pouvons prétendre aimer, car elle appartient au quotidien et nous rappelle celle qui est si familière à notre âme, notre pauvreté face au pêché. Oui, la pauvreté est universelle, la pauvreté est catholique et c’est par elle que nous nous sanctifions. Exerçons-nous donc à être des pauvres du Monde dont la seule richesse est en Dieu.

Heureux les doux, heureux les affligés, heureux les affamés et assoiffés de justice, heureux les miséricordieux, heureux les coeurs purs, heureux les artisans de paix, heureux les persécutés pour la justice, heureux êtes-vous si l’on vous insulte si l’on vous calomnie de toute manière à cause de moi. Matthieu, 5, 3-11

Une Voix

MOLIERE, Don Juan, Acte III, scène 2

SGANARELLE.- Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville. 

LE PAUVRE.- Vous n’avez qu’à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que depuis quelque temps il y a des voleurs ici autour. 

DOM JUAN.- Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon coeur. 

LE PAUVRE.- Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône. 

DOM JUAN.- Ah, ah, ton avis est intéressé, à ce que je vois. 

LE PAUVRE.- Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu’il vous donne toute sorte de biens. 

DOM JUAN.- Eh, prie-le qu’il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres. 

SGANARELLE.- Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit. DOM JUAN.- Quelle est ton occupation parmi ces arbres ? 

LE PAUVRE.- De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose. 

DOM JUAN.- Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise. 

LE PAUVRE.- Hélas, Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde. 

DOM JUAN.- Tu te moques; un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d’être bien dans ses affaires. 

LE PAUVRE.- Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n’ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents. 

DOM JUAN.- Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins; ah, ah, je m’en vais te donner un Louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer. 

LE PAUVRE.- Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché? 

DOM JUAN.- Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un Louis d’or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer. 

LE PAUVRE.- Monsieur. 

SGANARELLE.- Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal. 

DOM JUAN.- Prends, le voilà, prends te dis-je, mais jure donc.

LE PAUVRE.- Non Monsieur, j’aime mieux mourir de faim. 

DOM JUAN.- Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité, mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté. (Il court au lieu du combat.)

——————————————————————————-

« La Résurrection du Christ »

Unknown

Tout est accompli….”

Le film « La Résurrection du Christ » de Kevin Reynolds, évoque les derniers outrages d’un système moribond  qui, dans un ultime spasme se raccroche au Christ pour survivre encore un peu. Les auteurs de ce film sont-ils d’une gentille sincérité maladroite, témoin de l’ignorance du moment ou sont-ils délibérément anticatholiques ?

« La Résurrection du Christ » est un petit péplum hollywoodien d’inspiration protestante, intéressant par la synthèse qu’il donne de l’état de notre spiritualité. Les approximations et erreurs sont nombreuses, mais concentrons-nous sur l’une des anomalies de ce film : l’absence de femme et le traitement qui est réservé à la Sainte Vierge Marie et à Sainte Marie Madeleine.

Notre Mère, Marie, nous est présentée ou plutôt furtivement montrée sous les traits d’une hystérique à qui un centurion somme de se taire. Elle n’est pas au pied de la Croix, elle n’est pas accompagnée de Saint Jean… Qui ose traiter la Mère de Dieu de la sorte ?

Quant à sainte Marie Madeleine, elle n’échappe pas à son statut de « femme de la rue ». Tous les soldats romains la connaissent… C’en est trop !

Or, la conversion de Marie Madeleine est d’autant plus spectaculaire qu’apparemment elle n’a besoin de rien en ce monde. Marie Madeleine n’est pas une prostituée mais une femme aisée de la haute société, sœur de Lazare et de Marthe, qu’on se le dise !! Elle est belle, riche et « libre ». Riche au point de verser ce qu’elle a de plus précieux, de plus cher sur les pieds de Jésus : son parfum. Judas, le trésorier, en est effaré et considère cela comme du gaspillage. Ce parfum converti en argent aurait pu servir au pauvres.

« Or voici que Marie prend un flacon de parfum, du vrai nard extrêmement cher et elle le verse sur les pieds de Jésus ; puis elle lui essuie les pieds avec ses cheveux pendant que l’odeur du parfum remplit la maison. Intervient alors Judas Iscariote, l’un des disciples de Jésus, celui qui va le trahir : “On aurait pu vendre ce parfum pour 300 pièces d’argent, dit-il, et on l’aurait donné aux pauvres.”

En réalité, Judas ne se souciait pas des pauvres, mais il volait ; comme il portait la bourse du groupe, tout ce qu’on y mettait passait par ses mains. » ( Saint Jean 12  5).

Dans ce film Judas n’est qu’évoqué mais Marie Madeleine est soigneusement défigurée. Elle ne doit pas être ce qu’elle est…capable de tout donner pour le Christ. Pourquoi ? Serait-elle trop gênante pour un système fait d’argent et d’intérêts… ? Cela fait bien longtemps déjà que Judas le trésorier-traitre, capable de tout pour de l’argent, est sous-estimé dans ce qu’il représente de nos tentations doublées de pudibonderies, alors que Marie Madeleine est défigurée par peur de l’exigence de ce qu’elle incarne. Dans « l’affaire » du parfum, Judas retient et Marie Madeleine donne totalement. Serait-ce le désaccord annonciateur des hérésies ? D’un côté les dorures et le faste, rien de trop beau pour honorer le Christ, de l’autre la rétention à des fins uniquement terrestres et hypocritement moralisatrices. Nous avons à choisir tous les jours encore entre Sainte Marie Madeleine et Judas ! Et attention à « la tentation au nom du bien » ou en l’occurrence au nom des pauvres, comme nous en avertit Marthe Robin.

La charité toute féminine, ce sens naturel du don, aurait pu aussi paraître dans ce film à travers la « multitude de femmes » au pieds de la Croix… (Luc 23,27,28) mais il n’y a pas de femme sur la pellicule de Kevin Reynolds …

Voilà admirablement résumées toutes les souffrances de notre Eglise et de nos sociétés. Où sont ces femmes qui suivent Jésus, l’embaument, le découvrent ressuscité au matin du troisième jour….? Ce film fait de l’histoire de l’Eglise naissante une histoire exclusivement masculine. Quelle erreur ! Qu’est- ce que l’Eglise si ce n’est d’abord la Charité, symbolisée par la femme qui allaite, cette multitude de femmes qui donnent leur vie à Dieu à travers les pauvres, les malades, les orphelins, les blessés, les vieillards… ? Les femmes sont naturellement les épouses du Christ et les religieuses, trop peu nombreuses après de multiples révolutions et « libérations », nous font cruellement faute aujourd’hui dans ce monde du tout marchand, du tout argent… celui de Judas.

Nous souffrons dans l’Eglise et dans le monde de l’absence criante de considération pour cette charité incarnée dans la féminité et les hommes en sont les premières victimes. Laïcité, égalité obligent, les femmes doivent être des hommes comme les autres ou disparaître … Ce film nous embourbe d’autant plus sûrement qu’il flatte notre rétine par de belles images qui, paradoxalement, nous aveuglent et font habilement disparaître les femmes au profit d’hommes presqu’efféminés. Tout est dit ou plutôt « fini » comme le traducteur français ose le faire dire au Christ sur la Croix au lieu de « tout est accompli » … !

Si vous cherchez les causes du malaise profond du monde qui sont les souffrances de l’Eglise … ne cherchez plus… quand on méprise, à ce point, la matrice qui nous a donné la vie, le vice est à notre porte.

Ce film ne montre pas non plus le suicide de Judas qui le conduit à une mort définitive ni le pardon accordé au bon Larron qui est pour nous pécheurs, une source infinie d’Espérance…

rubens--lacharit-romaine-35e3483

Stéphanie Bignon ; Terre et Famille le 12 mai 2016

Une voix inspirée d’Antigone.

Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir. Antigone, Anouilh

Nous parlons trop et nos discours sonnent creux. Le verbe n’est plus vérité, il est fuite. Essayant en vain de tromper nos sens et notre conscience, qui eux parlent juste, nous fuyons une réalité qui fait trop mal à sentir, à entendre, à voir, à toucher, à goûter. Tous nos sens nous parlent pour prendre connaissance de notre monde de progrès. Et ce monde pue la pollution, l’hypocrisie, l’intérêt, la mort. Oui, notre monde de fer et de progrès, de superflu et d’artifice est laid et nous le savons tous. Nous le voyons. Nous le ressentons tous au plus profond de nous, comme un cri lancinant qui vient du dedans et qui ne s’arrête pas, jamais. Tous nous l’entendons, il suffit d’écouter. De cesser la musique, l’agitation, le bavardage… Ecouter pour cesser d’entendre, ça demande du courage. Ecouter et cesser de fuir en trompant notre conscience dans l’agitation politique, dans l’agitation médiatique, qui brasse des mots, des souffles, des voix pour faire davantage de bruit et ne pas écouter le cri de la conscience qui seulement dit non !

La société que nous bâtissons est mauvaise dans tout ce qu’elle charrie. Nos fruits sont morts avant même de voir le jour. Nos lois tuent les éleveurs et petits producteurs pour produire plus de gras, de plastique et de vide. Nos enfants meurent proprement avant même leur premier appel à la vie et nos vieux crèvent dignement comme des bêtes seules dans un mouroir aseptisé. Nous baignons dans la mort, car nous n’avons plus le courage de vivre pour dire non.

Nous qui savons et voyons, cessons de bavarder, cessons même d’expliquer, de faire comprendre. Il n’y a rien à faire comprendre à un monde qui hait le vrai, qui préfère tuer plutôt que protéger, qui fuit le silence et se perd dans le bruit. On ne comprend pas l’évidence, on la respecte, on la clame, on la vit et elle s’impose à toutes les consciences, sans bavardage, dans le silence et la joie des corps, des esprits et des cœurs.

Cessons donc les livres et les débats, les salons feutrés, les élections, les programmes, les lois… les bavardages « bonne conscience » qui sont autant de temps et d’énergie perdus. Choisissons un camp, celui du Oui, franc et ferme, fort et clair, sans commission ni compromis. Ce camp pour lequel nous sommes prêts à laisser notre situation, notre conseil municipal, notre parti, notre lobby, notre République, nos droits, notre profession, nos amis, notre famille, nous- mêmes.

Le seul camp en somme, qui, défiant la mort, permet à Antigone, comme à Marie, d’être reines, parce qu’elles se sont données toute entières et pour la Vie !

Une Voix

J.ANOUILH, Antigone, neuvième partie, 1944, 

Antigone et Créon : être roi. 

CRÉON (…) Tu crois que cela ne me dégoûte pas autant que toi, cette viande qui pourrit au soleil ? Le soir, quand le vent vient de la mer, on la sent déjà du palais. Cela me soulève le cœur. Pourtant, je ne vais même pas fermer ma fenêtre. C’est ignoble, et je peux même le dire à toi, c’est bête, monstrueusement bête, mais il faut que tout Thèbes sente cela pendant quelque temps. Tu penses bien que je l’aurais fait enterrer, ton frère, ne fût-ce que pour l’hygiène ! Mais pour que les brutes que je gouverne comprennent, il faut que cela pue le cadavre de Polynice dans toute la ville, pendant un mois.

ANTIGONE Vous êtes odieux !

CRÉON Oui mon petit. C’est le métier qui le veut. Ce qu’on peut discuter, c’est s’il faut le faire ou ne pas le faire. Mais si on le fait, il faut le faire comme cela.

ANTIGONE Pourquoi le faites-vous ?

CRÉON Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j’aimais autre chose dans la vie que d’être puissant…

ANTIGONE Il fallait dire non, alors !

CRÉON Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout d’un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m’a pas paru honnête. J’ai dit oui.

ANTIGONE Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n’ai pas dit « oui » ! Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».

CRÉON Ecoute-moi.

ANTIGONE Si je veux, moi, je peux ne pas vous écouter. Vous avez dit « oui ». Je n’ai plus rien à apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes paroles. Et si vous n’appelez pas vos gardes, c’est pour m’écouter jusqu’au bout.

CRÉON Tu m’amuses.

ANTIGONE Non. Je vous fais peur. C’est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l’heure, vous le savez, et c’est pour cela que vous avez peur. C’est laid un homme qui a peur.

CRÉON, sourdement. Eh bien, oui, j’ai peur d’être obligé de te faire tuer si tu t’obstines. Et je ne le voudrais pas.

ANTIGONE Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n’auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l’auriez pas voulu ?

CRÉON Je te l’ai dit.

ANTIGONE Et vous l’avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c’est cela, être roi !

CRÉON Oui, c’est cela !

ANTIGONE Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

CRÉON Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c’est assez payé pour que l’ordre règne dans Thèbes. Mon fils t’aime. Ne m’oblige pas à payer avec toi encore. J’ai assez payé.

ANTIGONE Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !

CRÉON, la secoue soudain, hors de lui. Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J’ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu’à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d’eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu’elles ne pensent qu’à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui » ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans le tas ! Cela n’a pas de nom. C’est comme la vague qui vient de s’abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous giffle, et la chose qui tombe devant le groupe n’a pas de nom. C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu en souriant la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ?

ANTIGONE, secoue la tête. Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.