« Vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir dans Jérusalem »

Cf. chronique précédente « Venez, rebâtissons les murs de Jérusalem ! » http://terre-et-famille.fr/venez-rebatissons-les-murs-de-jerusalem-nehemie-ii-17/

Bien que voulu par Dieu, le relèvement de Jérusalem après l’exil ne se fit pas sans obstacle : c’est ainsi que les justes gagnent en mérites et les impies en charbons ardents. En l’occurrence, Zorobabel souffrit des intrigues des Samaritains qui obtinrent du roi perse la suspension de la reconstruction du Temple (Esdras, IV, 23-24). Mais les prophètes exhortèrent bientôt les Juifs à braver l’interdit royal et le travail reprit sans que le gouverneur ne puisse s’opposer à son achèvement (Esdras, V, 5 – VI, 13). De même, Esdras eut à lutter âprement pour purifier les moeurs de Juda contaminées par celles de Babylone. Quant à Néhémie, appelé à rebâtir les remparts de la cité, il essuya d’abord les railleries des étrangers et de leurs alliés parmi les élites juives. Mais au fur et à mesure que l’entreprise avançait, les moqueries se changèrent en menaces et conspirations armées. Sans faillir, Néhémie, rappela aux ennemis de sa patrie le droit de son peuple sur cette terre : « C’est le Dieu du ciel lui-même qui nous assiste, et nous sommes ses serviteurs. Nous nous lèverons et nous bâtirons : mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir dans Jérusalem » (Néhémie, II, 19-20). Et à ses troupes tentées de céder aux intimidations étrangères : « N’ayez pas peur d’eux ! Souvenez-vous du Seigneur, le Grand, le Terrible, et combattez pour vos frères, vos fils, vos filles, vos femmes et vos maisons » (Néhémie, IV, 14). Récompensant la fermeté des Juifs, Dieu ruina en effet les desseins des impies qui durent reconnaître dans la résurrection de Jérusalem l’oeuvre du Tout-Puissant (Néhémie, VI, 16).

L’élévation des défenses extérieures de la cité manifestait et soutenait le redressement moral de Juda. Reprenant confiance en ses initiatives, chaque corps et famille prit en charge l’édification d’une portion des remparts, des portes et des quartiers d’habitation ainsi que leur garde armée (Néhémie, III, 1-31). Le clergé convaincu de corruption et de collusion avec l’ennemi fut démis (Néhémie, XIII, 4-9, 28). Le respect du sabbat fut restauré au grand dam des païens qui venaient faire du commerce en ce jour sacré (Néhémie, XIII, 15-21). De même, l’usure fut abolie et les dettes asservissant le coreligionnaire remises. Enfin, les mariages contractés avec des nations étrangères furent annulés, moins par souci d’homogénéité ethnique que de pureté de la foi et de la langue (Néhémie, XIII, 23-27). C’est ainsi un peuple à nouveau maître de lui-même et de son destin qui renoua solennellement son alliance avec Dieu, initiateur et finalité de son relèvement (Néhémie, IX, 38).

A l’opposé de la restauration politique et sociale que nous recommande cet épisode de l’Ecriture Sainte, le personnel politique et associatif de France s’échine aujourd’hui plus que jamais, de façon consciente et assumée, à concevoir son action sans Dieu, à faire abstraction de son existence, de ses préceptes, de son intervention dans l’histoire. Mais qu’espérer dès lors d’une action politique méconnaissant Celui sans qui on ne peut rien faire (Jean, XV, 5), pas même se maintenir dans l’existence ? Que craindre d’autre que la dissolution de la société puisque rassembler sans le Christ, c’est disperser (Matthieu, XII, 30) ?

La France s’est épanouie, depuis son baptême, dans la certitude féconde que la foi catholique est vraie. C’est pourquoi elle ne peut rester elle-même sans la prééminence, cultuelle et culturelle, du catholicisme, au nom de la vérité doctrinale et morale dont l’Eglise est dépositaire. A ce titre, la liberté religieuse s’applique essentiellement à l’Eglise catholique qui tient du Christ le droit de gouverner, enseigner et sanctifier dans le monde entier (« Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc enseigner toutes les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Matthieu, XXVIII, 18-19). En terre chrétienne plus particulièrement, toute religion, toute philosophie, toute institution s’opposant à la vraie foi n’a « ni part, ni droit, ni souvenir » à revendiquer comme l’erreur n’a aucun droit contre la vérité. Pourvu qu’il reconnaisse le catholicisme comme la seule bonne religion, l’Etat peut tolérer, selon les circonstances, le tranquille exercice des autres religions établies sur son territoire. En revanche, s’il permet toutes les religions parce qu’à ses yeux elles sont toutes bonnes ou parce qu’il estime la puissance publique incompétente à prendre parti dans cette matière, l’Etat est impie et athée, entrainant par une neutralité criminelle, les individus dans l’indifférence religieuse la plus absolue (Cf. Cardinal Pie, De l’intolérance doctrinale). Que penserait Néhémie qui fit respecter le Jour du Seigneur et abolir l’usure, devant une France laissant des lobbies financiers apatrides porter atteinte à son dimanche et ses fêtes, à ses saints du calendrier, à ses églises et ses signes religieux ostensibles, à la pureté de ses femmes et de ses enfants ? Qu’en pensent Clovis, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc et tous les saints qui ont foulé et aimé cette terre de France avant nous ? Et au-dessus de tous, qu’en pense le seul vrai Dieu, Un et Trine ? Je doute qu’Il conçoive les rapports du spirituel et du temporel dans le même sens que bien trop de catholiques voulant oublier que la « laïcité » n’a été conçue en France que pour en déraciner le catholicisme. Nous ne gagnerons rien à vouloir utiliser les armes de l’adversaire. Cessons donc enfin d’être politiques, redevenons prophétiques ! Souvenons-nous du Seigneur, le Grand, le Terrible, renouons avec Lui l’Alliance qu’Il offrit à nos aïeux et combattons pour nos frères, nos fils, nos filles, nos femmes et nos maisons !

Sachez-le, peuples, et soyez effrayés !
Prêtez l’oreille, toutes les régions lointaines de la terre !
Ceignez [vos armes contre nous] et soyez effrayés !
Concevez un dessein [contre nous] : il échouera,
Dites une parole [contre nous] : elle ne se réalisera pas ;
Parce que Dieu est avec nous. (Isaïe, VIII, 9-10)

 

L’abbé