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J’ai oublié pleins de choses, en effet. Nous en aurions pour tellement longtemps à se remémorer tout ce qu’on a pu subir par cette République maçonnique. J’ai oublié une chose essentielle qui vous tient à cœur : les animaux, et tout particulièrement les vaches.
Je possédais un petit troupeau d’une douzaine de vaches et d’un taureau comme je vous l’ai déjà précisé. Mes parents, et tout particulièrement mon père, avait deux métiers, tonnelier et une petite ferme. J’ai également eu deux métiers. J’ai appris le métier de menuisier-charpentier et pris également la petite ferme de mes parents. Que j’aurais dû conserver au lieu d’essayer de m’agrandir.
Je me suis marié en juin 1968. Je me suis installé en 1973, à mon compte avec les deux métiers. L’artisanat a été laminé par l’industrialisation des fenêtres, des portes etc. On ne fabriquait plus rien, car nous n’étions pas compétitifs. Ces deux métiers étaient reliés à l’agriculture, c’est-à-dire la MSA. Je me suis donc consacré à l’agriculture.
À partir des années 1970, est apparu la culture de maïs et d’herbes de ray-grass pour en faire de l’ensilage et nourrir les bêtes à l’écurie. On a vu apparaître dans ces années-là les stabulations libres, ce qui permettait de nourrir les animaux sans les sortir dans les pâturages. On a commencé à voir dès ces années-là un nombre exagéré de techniciens agricoles qui circulaient dans les campagnes pour promouvoir cette nouvelle façon de nourrir les animaux. Je n’ai jamais accepté ça, car la culture du maïs et du ray-grass en ensilage, pourrissait le foie des vaches, qui devenait impropre à la consommation, car la fermentation alcoolique du maïs et du ray-grass formait des cirrhoses à toutes les bêtes.
Cette monoculture était au détriment du foin de trèfle, du foin de luzerne, des choux et des betteraves. J’ai donc continué comme nous avions l’habitude de faire, à faire du foin et cultivé des choux et des betteraves. La majorité des cultivateurs adoptaient la nouvelle méthode, et acquéraient le matériel nécessaire compris.
Nous avons vu également apparaître dans les années 1977, le bouclage des bêtes avec la petite carte rose de traçabilité. Là aussi, bien évidemment, nous sommes venus de force pour m’obliger à baguer mes bêtes mais toutes les bêtes qui naissaient chez moi ne l’était pas, car je refusais cette méthode de traçabilité.
Alors, la répression administrative a commencé. On ne pouvait plus vendre nos bêtes, sans cette carte de traçabilité, ce qui devenait un handicap commercial sérieux et payer nos charges sociales qui devenaient de plus en plus lourdes. Nous avions un bon ministre de l’Agriculture, un ancien de la JEC (Jeunesse Etudiante Catholique), associé bien évidemment avec la JAC (Jeunesse Agricole Catholique), Henri NALLET.
A 6 h du matin, la gendarmerie est venue nous informer que nous avions une contrainte par corps pour régler nos charges sociales. Ne pouvant pas les régler, j’ai été conduit à la maison d’arrêt de Nantes afin d’exécuter la contrainte par corps. Panique totale à la maison, devant nos enfants, si je me souviens cela devait être en 1977 ou 1978. Ma femme a réussi, quelques jours après, avec l’aide de quelques amis qui nous restaient à rassembler la somme afin de lever la contrainte par corps. Revenu à la maison, j’ai continué de travailler de la même manière, toujours aussi obstiné, à ne pas rentrer dans ce système qu’on nous obligeait à suivre.
Sont venus ensuite les vaccins obligatoires, dont on ne comprenait absolument pas la raison, encore de payer le vétérinaire pour faire des vaccins sur des vaches saines. Voilà qu’on nous annonce que le Warron était dangereux pour la vache, mais n’était pas dangereux pour l’homme. Voilà pourquoi il fallait vacciner. Là encore, je refusais cette méthode. J’ai été sauvé de la prison par une dame qui est venu de la chambre d’Agriculture afin de contrôler mes bêtes et les boucles. Mes vaches étaient en pâture, en bordure d’un bois, une parcelle que j’exploitais et pour s’y rendre il y avait un chemin creux. Cette belle dame, venue tout droit des bureaux de la chambre d’Agriculture n’avait pas prévu de bottes ni rien du tout. Je la conduis en bordure du chemin, lui indiquant le chemin vers les vaches. Je suis parti en la laissant là. Elle m’a rejoint un peu plus tard à la maison en me demandant de rentrer mes bêtes, ce que bien évidemment j’ai refusé. De colère, elle m’a donné le papier justifiant que mes bêtes étaient en règle. Voilà comment j’ai été sauvé de la prison, mais non comme certains collègues dans le pays de Retz, qui ont fait de la prison car leurs bêtes n’étaient ni vaccinées ni baguées. Ils ont été contraints, malgré leur emprisonnement, d’accepter tout ce à quoi ils s’opposaient, exactement comme moi.
Nous avons su plus tard que le Warron perçait le cuir de la vache et rendait le cuir impropre à l’industrialisation du cuir, ce sont ces industriels qui obligeaient les agriculteurs à payer afin d’avoir un produit propre. Ce qui n’est évidemment pas normal.
Ce qui vous montre que la persécution du monde agricole ne date pas d’aujourd’hui. J’oublie certainement encore beaucoup de choses. La révolte en moi est toujours là, contre cette oligarchie destructrice de l’humanité tout entière. Nous n’avons pas su refuser et s’opposer farouchement dès le début à toutes ces absurdités, car comme le dit le Christ dans la Tentation du désert qu’il a eu : « Nous avons laissé entrer Satan par l’argent » ce qui a corrompu tout le système et toute notre société.
Je vous ai expliqué cette histoire des quotas laitiers jusqu’à la vache folle. La vache folle… on en était rendu à nourrir des ruminants avec de la viande carnée, ce qui a provoqué la maladie de la vache folle. Etant complètement à contre-courant et voyant le développement de mon exploitation par la vente sur les marchés, j’ai été contraint de vendre et d’abattre mes bêtes juste avant l’abattage forcé de la vache folle comme mes bêtes n’étaient pas ni vaccinées ni baguées, l’abattage aurait été obligatoire par les services vétérinaires qui ont toujours collaborés avec le système.
La pression constante que j’avais sur mon exploitation, par l’administration, les chambres d’agriculture, DDA, était continuelle. Ils nous forçaient à abdiquer. Vous pouvez comprendre à travers tout mon récit, pourquoi je me suis intéressé depuis si longtemps à l’histoire de la Bretagne. Cela m’a permis de comprendre l’origine de cette volonté de vouloir détruire, tout d’abord la monarchie et aujourd’hui l’œuvre du Créateur. Le Roi Louis XI, dit l’Araignée, était un véritable serpent qui pour agrandir son royaume n’hésitait pas à tricher, à trahir et même à exécuter ses opposants. Ce qui s’est passé avec Charles le Téméraire et également avec François II de Bretagne et là nous en connaissons la suite. Des traîtres au peuple ne datent pas d’aujourd’hui.
J’aurais encore beaucoup de choses à vous raconter mais je pense avoir résumé l’essentiel.
